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mardi 21 juillet 2015

Trois histoires louches


1. J’aime tellement ce court métrage que je crains d’en avoir déjà parlé ici.

2. «En jouant avec Arsène et d’autres enfants à ce jeu qui consiste à cacher chacun à son tour un objet que les autres cherchent et qui fait crier: “Tu brûles ou tu gèles”, selon que les chercheurs s’en éloignent ou s’en approchent, la petite Geneviève eut l’idée de fourrer le soufflet de la salle dans le lit d’Arsène. Le soufflet fut introuvable, le jeu cessa, Geneviève, emmenée par sa mère, oublia de remettre le soufflet à son clou. Arsène et sa tante cherchèrent le soufflet pendant une semaine, puis on ne le chercha plus, on pouvait s’en passer, le vieux curé soufflait son feu avec une sarbacane faite au temps où les sarbacanes furent à la mode, et qui sans doute provenait de quelque courtisan d’Henri III. Enfin, un soir, un mois avant sa mort, la gouvernante, après un dîner auquel avaient assisté l’abbé Mouchon, la famille Niseron et le curé de Soulanges, fit des lamentations de Jérémie sur le soufflet, sans pouvoir en expliquer la disparition.
— Eh ! mais il est depuis quinze jours dans le lit d’Arsène, dit la petite Niseron en éclatant de rire, si cette grande paresseuse faisait son lit, elle l’aurait trouvé... 
En 1791, tout le monde put éclater de rire; mais à ce rire succéda le plus profond silence.» 
Balzac, Les Paysans, I, 13

3. Ce que fit ma tante Huguette. Je n’ai jamais su  exactement cet épisode de l’histoire familiale qui se déroule avant ma naissance. Ma tante est toujours vivante mais sans doute ne la reverrai-je jamais ? En gros, avec des imprécisions, y compris dans l’identité des protagonistes, voici ce qui arriva. L’arrière-grand-mère, veuve, avait retrouvé un futur mari. Est-ce le curieux petit vieux photographié dans le jardinet du 3 rue Sainte-Ève ? L’affaire allait si bon train que ma tante, toute jeune fille, s’avisa de glisser un bâton en travers du lit de sa grand-mère pour vérifier si celle-ci dormait bien dans son lit et pas dans un autre lit. On devine la suite et fin de l’histoire. Si l’on s’offusqua un peu dans la famille c’était un tout petit peu (on avait l’habitude des coucheries illicites) parce que l’on ne faisait pas ça avant le mariage, mais c’était surtout parce que : «faire ça à leur âge!»  

 

lundi 22 juin 2015

Mac Orlan: La Cavalière Elsa



« On imagine l’emplacement sombre de cette ville un peu comme une poubelle immense, en fer-blanc surchauffé, où des géraniums géants aux pétales épais ainsi que des biftecks achevaient de se décomposer comme de la viande. »



« Pas de fantaisie dans les pays où les mitrailleuses font partie de l’ornementation des rues. Pas de fantaisie, mais de la souplesse, et surtout ne pas oublier de rentrer le ventre en s’effaçant le long des murs. »



« Rien ne donne du caractère à une cité comme l’usage de la mitrailleuse. C’est précis, définitif et très pittoresque, instructif également. »



« Il ne faut pas traiter le décor où se jouera un drame social d’un militarisme embrouillé avec la négligence qu’on apporte en parlant de l’automne, qui, en dehors des quelques souvenirs de Jules Laforgue, n’encadre que les jeunes filles poitrinaires. »



« L’été paresseux et érotique exalte la grande passion des chemineaux et rend craintives les fillettes légèrement vêtues. »



« Il connaissait tous les pièges que la littérature combinée avec l’immoralité peut tendre aux hommes. »



« Chacun de nous, visitant des palais nationaux où toute la fantaisie artistique d’un peuple s’est plu à distribuer les embellissements, recherchera toujours le petit coin mystérieux où l’on retrouve sur la muraille ou sur le tapis du plancher, la classique tache de sang. »



« Le badinage avec une adolescente souple est un sport. »



« Ce sont les livres qui donnent à la vie son cours normal. Ils s’imposent à nos actes, à nos gestes, à nos peines, à nos plaisirs. Il est impossible de concevoir la vie sans les livres, elle se résorberait et finirait pas disparaître. »



« La journée s’écoulerait bêtement et lentement, comme une rivière sans poissons devant l’ombre d’un pêcheur à la ligne. »



« Il devenait de plus en plus difficile d’établir une différence entre un homme intelligent et un imbécile. »



« Autrefois — elle se rappelait nettement la diversité charmante qui embellissait la vie — avec un peu d’argent et une toute petite personnalité un homme se distinguait d’un autre homme et l’échelle des nuances, en allant de bas en haut ou de haut en bas, variait les rapports sociaux à l’infini. »



« Il se tourna vers l’aimable silhouette de sa maîtresse et la digestion, en lui mettant le sang aux oreilles, lui permit d’imaginer des jeux amoureux, de quoi faire passer le temps, une heure, deux heures peut-être. »



« Tirant derrière soi un petit tapis pelé, il s’allongeait devant sa glace et, couché sur le dos, il s’efforçait de maigrir, malgré la résistance de la graisse protestant contre ce traitement. »



« Il inscrivait sur un cahier d’écolier l’adresse de tous les bordels du monde. Une indication de prix donnait à ce travail un semblant d’utilité. … ce chef-d’œuvre ne fut pas appelé à disparaître : des mains pieuses en avait grossoyé des copies. »



« Il est évident qu’il est inutile d’aller dans des maisons où l’on se sent chez soi, autant ne point franchir le seuil de sa propre porte. »



« “Si l’électricité devient une force intelligente et naturellement rebelle, nous sommes fichus.” »



« “Je ne mettrai plus de jargon dans mes livres… Cette langue vieillit trop vite et n’est praticable que pour ceux qui l’emploient quotidiennement sans prétention littéraire. Ses formes éphémères se décomposent le soir de leur naissance ; tel le parfum délicat d’une fleur au matin s’achève immédiatement à la voirie dans l’odeur de la pourriture. »



« — il faut être pour quelque chose ou pour quelqu’un !

— Je suis, en ce moment, en ce moment seulement, je vous prie de faire attention à cette nuance, je suis pour les choux bien pommés, le pot-au-feu suspendu à la gribouille, la tarte chaude et le vin clairet…

— Vous êtes opportuniste alors ! »



« Vous devez sentir que nous nous trouvons en présence de ces fantaisies historiques devant lesquelles les hommes les plus distingués sont priés de ne point donner d’avis. La situation est ainsi parce qu’elle est ainsi ; nous n’y pouvons rien l’un et l’autre. Il faut laisser la nature agir ; dans quelques années l’eau troublée redeviendra calme et la vase restera comme toujours au fond. »



« Prise en tranches minces la peur peut devenir une volupté. »



« Autour de vous, d’appartements en appartements, de paliers en paliers, des larves attendent la minute propice aux dénonciations et aux meurtres. Les révolutions, examinées du point de vue purement individuel, dépouillées de leurs orateurs et de leurs drapeaux jamais définitifs, ne sont que le triomphe du commérage. Rien au monde ne peut vous défendre contre des voisins que vous ne connaissez pas. »



« Ils visitaient les musées et regardaient dans tous les coins, en ayant l’air d’étudier la meilleure place afin d’y mettre le feu. »



« Entre les anciennes lois, maintenant abolies, et les nouvelles élaborations un peu hâtives, les instincts de la foule maintenait la tradition. »



« Toutes les filles du peuple sont mystérieuses en ce moment… La révolution est ainsi que l’explosion d’un volcan abyssal : le fond de la mer avec sa faune remonte à la surface. À cette heure, autour de nous, des milliers de poissons sans yeux remontent à la surface et cherchent désespérément leurs satisfactions quotidiennes. »



« Le partage des terres entre paysans du même village, malgré les efforts des commissaires du peuple, les fêtes alternant avec des exécutions capitales, les dénonciations calomnieuses et les tueries communales, s’annonçait, de jour en jour, comme une tâche de plus en plus décourageantes. »



« Il faut, si nous voulons demeurer vainqueurs, dissimuler les forêts elles-mêmes sous des toiles largement illustrées d’animaux décoratifs peints par nos artistes les plus résolus. »



Daniel Masclet: La Cavalière Elsa 





dimanche 21 juin 2015

… et les pauvres hommes toujours…


« Les femmes, toutes les femmes ou presque, me semblaient agréables. Certaines étaient jolies; je les accompagnais des yeux, leur demandant de trahir par un geste des formes moins visibles ou de me révéler, par je ne sais quel subtil et furtif échange, le charme qui devait émaner de leur intimité. Sous les fourrures, la jaquette d’un tailleur, les jupes aux plis seyants, le corps m’apparaissait. J’associais le mouvement des hanches à la tendre élasticité des cuisses, à leur rondeur émouvante, leur tiédeur animale. J’en avais un fourmillement au bout des doigts et une image pleine de molles délices s’insinuait dans mon esprit… » 
Francis Carco

mercredi 11 février 2015

Moyens d’information



Je me souviens.
Dans les années soixante-dix mon cousin vivait retiré dans un village. Il était abonné à Charlie-Hebdo. Son père, narquois, lui reprochait de n’avoir que cette lecture pour être informé de tout ce qui se passait dans le monde. Il trouvait que c’était un peu léger…

«Lisons donc les journaux, mais dans le même esprit où nous lirions aujourd’hui des journaux d’il y a cinquante ans, en nous souvenant qu’un homme qui reste six semaines sans ouvrir un journal, loin que sa valeur humaine en pâtisse en quoi que ce soit, c’est là une véritable cure pour son imagination et son intelligence.»
Montherlant

«Quand je veux savoir les dernières nouvelles, je lis Saint Paul.»
Bloy



mardi 10 février 2015

Situation renversée II : le Stagirite et l’Aquinate


Parallèle biscornu : de même que nous pouvons lire le Celse grâce à Origène (sans cet adversaire chrétien de Celse, nous n’aurions pas Contre les chrétiens), je puis lire un peu sur la scolastique grâce à Rougier (sans cet adversaire de ladite scolastique, je n’aurai pas su débusquer un résumé somme toute fort clair). Cela est court, cela me suffit, car comment se dépatouiller des substances, des essences, des universaux, quand on a la tête si peu philosophique que moi, et le manque de vocabulaire, et il faudrait des années d’études, force lectures pour décrypter un tout petit peu un millénaire de méditations et d’approfondissements, de sueurs qui dégouttent sur les manuscrits dans les scriptoria, de latin, de bas-latin, de grec.

Sans compter que:

«L’histoire est cumulative — et ces dernières années elle tend à l’emballement: le médiéviste ne peut plus maîtriser les informations qu’apportent les chercheurs» (Alain de Libera).


dimanche 8 février 2015

La lecture du jour


«Job prit la parole et dit: Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre.
Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le manœuvre qui attend sa paye,
depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance.
À peine couché, je me dis: “Quand pourrai-je me lever ?” Le soir n’en finit pas: je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube.
Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent faute de fil.
Souviens-toi, Seigneur: ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur.»

 

mercredi 4 février 2015

D’un siècle à l’autre



«A year previous [1916] a Russian Cossack patrol from General Baratoff’s force, then at Kermanshah, had reach our lines at Ali Gharbi ont the Tigris after a daring ride of 200 miles through the mountains of Pusht-i-kuh. They were naturally welcomed by us […] the first meeting of British and Russian troops, as allies on the field, for 100 years»


mardi 3 février 2015

La paix pour toujours


«Our job was to inspect the first beginnings of the land survey, the agrarian settlement which lies at the root of all tribal problems—a gigantic task it’s going to be, but if we get it done right it will mean agrarian peace for ever and a day.»
Gertrude Bell, Bagdad, 14 février 1915

 

En effeuillant le tome IV (II, les femmes)


Suite de la page précédente


«Je me demande comment une femme peut dompter le monde?
— Il y a deux manières: être madame de Staël, ou posséder deux cent mille francs de rentes!» (757)

«Pour eux, toutes, depuis la reine de France jusqu’à la modiste, sont essentiellement libertines, coquines, assassines, voire même un peu friponnes, foncièrement menteuses, et incapables de penser à autre chose qu’à des bagatelles.» (835)

«C’est tout à la fois une lumière qui éclaire les ténèbres de l’avenir, un pressentiment des jouissances pures de l’amour partagé, la certitude de se comprendre l’un et l’autre. C’est surtout comme une touche habile et forte faite par une main de maître sur le clavier des sens. Le regard est fasciné par une irrésistible attraction, le coeur est ému, les mélodies du bonheur retentissent dans l’âme et aux oreilles, une voix crie: — “C’est lui.”» (843)

«Elle ne commit pas la sottise de se déprécier, elle mit bravement toutes voiles dehors, arbora tous ses pavillons, se posa comme la reine d’Alençon et vanta ses confitures.» (902)

«Les femmes se demandaient comment la jeune étourdie était devenue, en une seule toilette, la séraphique beauté voilée qui semblait, suivant une expression à la mode, avoir une âme blanche comme la dernière tombée de neige sur la plus haute des Alpes, comment elle avait si promptement résolu le problème jésuitique de si bien montrer une gorge plus blanche que son âme en la cachant sous la gaze ; comment elle pouvait être si immatérielle en coulant son regard d’une façon si assassine. Elle avait l’air de promettre mille voluptés par ce coup d’œil presque lascif quand, par un soupir ascétique plein d’espérance pour une meilleure vie, sa bouche paraissait dire qu’elle n’en réaliserait aucune.» (1016)

«Parmi les organisations diverses que les physiologistes ont remarquées chez les femmes, il en est une qui a je ne sais quoi de terrible, qui comporte une vigueur d’âme, une lucidité d’aperçus, une promptitude de décision, une insouciance, ou plutôt un parti pris sur certaines choses dont s’effraierait un homme. Ces facultés sont cachées sous les dehors de la faiblesse la plus gracieuse. Ces femmes, seules entre les femmes, offrent la réunion ou plutôt le combat de deux êtres que Buffon ne reconnaissait existants que chez l’homme. Les autres femmes sont entièrement femmes ; elles sont entièrement tendres, entièrement mères, entièrement dévouées, entièrement nulles ou ennuyeuses ; leurs nerfs sont d’accord avec leur sang et le sang avec leur tête ; mais les femmes comme la duchesse peuvent arriver à tout ce que la sensibilité a de plus élevé, et faire preuve de la plus égoïste insensibilité.» (1036)

«À toutes les fantaisies des femmes, les gens habiles doivent d’abord dire oui, et leur suggérer les motifs du non en leur laissant l’exercice de leur droit de changer à l’infini leurs idées, leurs résolutions et leurs sentiments.» (1039)


En effeuillant le tome IV (I)


Le tome IV de la Pléiade.
De toute façon tout est là: Faire une recherche google: «Balzac Chicago»: On arrive sur le site “Ville de Paris”: Puis en haut à gauche
 

«Tours, une des villes les moins littéraires de France…» (182)

«En Touraine, la jalousie forme, comme dans la plupart des provinces, le fond de la langue.» (216)

Le caractère tourangeau : «Cela tient à ce climat paisible, à un air qui énerve, à une nourriture plantureuse, à une absence de toute ambition, qui vous émondent le corps et l’âme des inclinations vicieuses, des passions brutales, malheur des grandes cités.» (1196)

«C’était le combat du peuple et du sénat romain dans une taupinière, ou une tempête dans un verre d’eau, comme l’a dit Montesquieu en parlant de la république de Saint-Marin dont les charges publiques ne duraient qu’un jour, tant la tyrannie y était facile à saisir. Mais cette tempête développait néanmoins dans les âmes autant de passions qu’il en aurait fallu pour diriger les plus grands intérêts sociaux. N’est-ce pas une erreur de croire que le temps ne soit rapide que pour les coeurs en proie aux vastes projets qui troublent la vie et la font bouillonner. Les heures de l’abbé Troubert coulaient aussi animées, s’enfuyaient chargées de pensées tout aussi soucieuses, étaient ridées par des désespoirs et des espérances aussi profondes que pouvaient l’être les heures cruelles de l’ambitieux, du joueur et de l’amant. Dieu seul est dans le secret de l’énergie que nous coûtent les triomphes occultement remportés sur les hommes, sur les choses et sur nous-mêmes. Si nous ne savons pas toujours où nous allons, nous connaissons bien les fatigues du voyage.» (228)

«Chez l’homme le plus brute, l’air de la patrie et la vue d’une mère produisent toujours un certain effet, surtout après un voyage plein de misères.» (303)

«… à New-York, pays où la spéculation et l’individualisme sont portés au plus haut degré, où la brutalité des intérêts arrive au cynisme, où l’homme, essentiellement isolé, se voit contraint de marcher dans sa force et de se faire à chaque instant juge dans sa propre cause, où la politesse n’existe pas ; enfin, les moindres événements de ce voyage avaient développé chez Philippe les mauvais penchants du soudard : il était devenu brutal, buveur, fumeur, personnel, impoli ; la misère et les souffrances physiques l’avaient dépravé.» (303)

«L’histoire de l’Aquitaine, qui n’a pas été faite par les Bénédictins, ne se fera sans doute point, car il n’y a plus de Bénédictins.» (359)

«la phase la plus brillante et la plus complète de la passion, à cette période où l'on s'est habitué parfaitement l'un à l'autre, et où néanmoins l'amour conserve de la saveur. On se connaît, mais on ne s'est pas encore compris, on n'a pas repassé dans les mêmes plis de l'âme, on ne s'est pas étudié de manière à savoir, comme plus tard, la pensée, les paroles, le geste à propos des plus grands comme des plus petits événements. On est dans l'enchantement, il n'y a pas eu de collision, de divergences d'opinions, de regards indifférents. Les âmes vont à tout propos du même côté.» (752)

«Tous deux blottis dans leur idée, caparaçonnés d'indifférence, attendaient le moment où quelque hasard leur livrerait cette vieille fille. Ainsi, quand même ces deux célibataires n'auraient pas été séparés par toute la distance que mettaient entre eux les systèmes desquels ils offraient une vivante expression, leur rivalité en eût encore fait deux ennemis. Les époques déteignent sur les hommes qui les traversent. Ces deux personnages prouvaient la vérité de cet axiome par l'opposition des teintes historiques empreintes dans leurs physionomies, dans leurs discours, leurs idées, leurs costumes. L'un, abrupte, énergique, à manières larges et saccadées, à parole brève et rude, noir de ton, de chevelure, de regard, terrible en apparence, impuissant en réalité comme une insurrection, représentait bien la République. L'autre, doux et poli, élégant, soigné, atteignant à son but par les lents mais infaillibles moyens de la diplomatie, fidèle au goût, était une image de l'ancienne courtisanerie.» (830)

«La France sait que le système politique suivi par Napoléon eut pour résultat de faire beaucoup de veuves.» (854)

«Alençon est très gai, reprit la vieille fille une fois lancée. On s'y amuse beaucoup, le receveur général donne des bals, le préfet est un homme aimable, Mgr l'évêque nous honore quelquefois de sa visite...» (901)

«Le lendemain, pendant toute la matinée, les moindres circonstances de cette comédie couraient dans toutes les maisons d'Alençon, et, disons-le à la honte de cette ville, elles y causaient un rire universel.» (905)

«Lorsque l'âme et l'imagination ont agrandi le malheur, en ont fait un fardeau trop lourd pour les épaules et pour le front ; quand une espérance long-temps caressée, dont les réalisations apaiseraient le vautour ardent qui ronge le coeur, vient à manquer, et que l'homme n'a foi ni en lui malgré ses forces, ni en Dieu malgré sa puissance, alors il se brise.» (911)

«Quand cette histoire n'aurait d'autre effet que d'inspirer aux possesseurs de quelques reliques adorées une sainte peur, et les faire recourir à un codicille pour statuer immédiatement sur le sort de ces précieux souvenirs d'un bonheur qui n'est plus en les léguant à des mains fraternelles, elle aurait rendu d'énormes services à la portion chevaleresque et amoureuse du public…» (935)

«Si le retour exact et journalier des mêmes pas dans un même sentier n’est pas le bonheur, il le joue si bien que les gens amenés par les orages d’une vie agitée à réfléchir sur les bienfaits du calme diront que là était le bonheur»

«… il avait vu sur-le-champ que le moyen de ne rien obtenir était de demander quelque chose.» (1009)

«Il prit un petit appartement dans la rue du Bac…» (1009)

« Quoi ! monsieur, vous ne pardonneriez pas, vous n'êtes donc pas chrétien ? dit madame du Croisier.
— Je pardonne comme Dieu pardonne, madame, à des conditions.» (1055)


Ne pas faire catleya


«Il n’y a plus que les femmes de province qui portent des robes d’organdi, la seule étoffe dont le chiffonnage ne peut pas s’effacer…»
La Muse du département


Chercher ici occurrences du mot “organdi”.


Balzac, province, femmes



«Comment, demanda Lousteau le mystificateur, une femme aussi belle que vous l’êtes et qui paraît si supérieure, a-t-elle pu rester en province? Comment faites-vous pour résister à cette vie?

Ah! voilà, dit la châtelaine on n’y résiste pas. Un profond désespoir ou une stupide résignation, ou l’un ou l’autre, il n’y a pas de choix, tel est le tuf sur lequel repose notre existence et où s’arrêtent mille pensées stagnantes qui, sans féconder le terrain, y nourrissent les fleurs étiolées de nos âmes désertes. Ne croyez pas à l’insouciance! L’insouciance tient au désespoir ou à la résignation, chaque femme s’adonne alors à ce qui, selon son caractère, lui paraît un plaisir. Quelques-unes se jettent dans les confitures et dans les lessives, dans l’économie domestique, dans les plaisirs ruraux de la vendange ou de la moisson, dans la conservation des fruits, dans la broderie des fichus, dans les soins de la maternité, dans les intrigues de petite ville. D’autres tracassent un piano inamovible qui sonne comme un chaudron au bout de la septième année, et qui finit ses jours, asthmatique, au château d’Anzy. Quelques dévotes s’entretiennent des différents crus de la parole de Dieu: l’on compare l’abbé Fritaud à l’abbé Guinard. On joue aux cartes le soir, on danse pendant douze années avec les mêmes personnes, dans les mêmes salons, aux mêmes époques. Cette belle vie est entremêlée de promenades solennelles sur le Mail, de visites d’étiquette entre femmes qui vous demandent où vous achetez vos étoffes. La conversation est bornée au sud de l’intelligence par les observations sur les intrigues cachées au fond de l’eau dormante de la vie de province, au nord par les mariages sur le tapis, à l’ouest par les jalousies, à l’est par les petits mots piquants. Aussi le voyez-vous? dit-elle en se posant, une femme a des rides à vingt-neuf ans, dix ans avant le temps fixé par les ordonnances du docteur Bianchon, elle se couperose aussi très-promptement, et jaunit comme un coing quand elle doit jaunir, nous en connaissons qui verdissent. Quand nous en arrivons là, nous voulons justifier notre état normal. Nous attaquons alors de nos dents acérées comme des dents de mulot, les terribles passions de Paris. Nous avons ici des puritaines à contre-cœur qui déchirent les dentelles de la coquetterie et rongent la poésie de vos beautés parisiennes, qui entament le bonheur d’autrui en vantant leurs noix et leur lard rances, en exaltant leur trou de souris économe, les couleurs grises et les parfums monastiques de notre belle vie sancerroise.»

La Muse du département 

 


lundi 2 février 2015

Deux mots



Vocabulaire balzacien

«… ces petites querelles qui servaient d'émonctoire à ses acrimonies… »

«Les femmes de province que j'ai vues à Paris, dit Lousteau, étaient en effet assez enleveuses…
— Dam! elles sont curieuses, fit la châtelaine…»

J’adore ce mot, j’essaierai de le replacer. Ce ne doit pas être difficile de trouver quelque amie à qui ce qualificatif conviendrait.



dimanche 1 février 2015

Apparition d’un nouveau personnage




«However, I’m a monster of ingratitude to complain, for I have had a very interesting ten days and enjoyed them. Mr. Philby (Acting Reserve Commission) and I left Basrah on his launch on the 22nd, got up to Qurnah in the evening and spent the night with the A.P.O. We were off early next day and went up to Qulat Salih—il was a delicious warm day and the river was delightful. I don’t know why it should be as attractive as it is. The elements of the scene are extremely simple, but the combination still makes a wonderfully attractive result. Yet there’s really nothing—flat, far-stretching plain coming down to the river’s edge, thorn covered, water-covered in the flood in the lower reaches, a little wheat and millet stubble in the base fields, an occasional village of reed-built houses and the beautiful river craft, majestic on noble sails or skimming on clumsy paddles. The river bends and winds, curves back on itself almost and you have the curious apparition of a fleet of white sails rising out of the thorny waste, now on side of you, now the other. And by these you mark where your cruise must be where the river divides wilderness from wilderness. We passed Ezra’s Tomb and its clump of palms and got out to look at it. There’s a very ancient tradition which is probably true, that the prophet is buried here, but the actual shrine is new.»
Gertrude Bell, 1er janvier 1917 


Découverte sur internet, le volume 1 avec photos,
et le volume 2.
Je n'ai pas le volume 3, mais il semblerait qu'il n’ait jamais paru.
Mais on a tout , avec ses photos. 




samedi 31 janvier 2015

Tirer des plans sur la comète






«This week has been greatly enlivened by the appearance of Mr. Lawrence sent out as liaison officer from Egypt. We have had great talks and made vast schemes fot the government of the universe.»

Gertude Bell, Bassorah, 9 avril 1916





«How Kut holds out still I can hardly guess, but it does hold and we may yet get through in time. But one feels dreadfully anxious… Even Basrah has a burst of glory in April. The palm gardens are deep in luxuriant grass and corn, the pomegranates are flowering, the mulberries almost ripe, and in the garden of the house where I am staying the roses are more wonderful than I can describe.»

16 avril 1916


vendredi 30 janvier 2015

L’art de voir



«One of the difficulties of searching for antiquities is that most of the people don’t recognise any sort of picture when they see it, so that if you ask a man if there are any stones with the portraits of men or animals on them, he replies, “Wallahi ! we do not know what the picture of a man is like.” And if you show him a bit of a relief, however good it is he hasn’t the least idea what the carving represents. Isn’t that curious ?»
Gertrude Bell, Kalaat el Muddik, 19 mars 1905


jeudi 29 janvier 2015

Apparition d’un personnage



Urfa, 18 mai 1911

«Accordingly I went there—it was only 5 hours’ ride— and found Mr. Thompson and a young man called Lawrence (he is going to make a traveller) who had for some time been expecting that I would appear.» 
Gertrude Bell


dimanche 25 janvier 2015

Comment monter sur un éléphant



«An elephant is far the most difficult animal to sit that I have ever been on. You feel at first rather as if you were in a light boat lying at anchor in seas a little choppy after a capful of wind—but the sensation soon wears off and you learn to dispose yourself with ease and grace upon the hoodah, and above all not to seize hold of the side bars when the elephant sits down, for they are only hooked and jerk out, landing you, probably (as they nearly landed me) in the dust a good many feet below. We soon discovered that the great tip for good elephantship is to grasp the front bar the moment you get on, for he gets up from in front (and very quickly too for he’s doesn’t like kneeling at all) and the problem is how not to fall over his tail. It’s a little disconcerting to find that an Indian, when he wishes to ascribe ideal movement to a woman, calls her “elephant gaited.” “An eye like a gazelle, a waist like a lion, an a gait like an elephant.”» (Gertrude Bell).







dimanche 9 novembre 2014

Frontières


«Autrefois l’homme n’avait qu’un corps et une âme. Aujourd’hui, il lui faut en plus un passeport.»


«Avant 1914, la terre avait appartenu à tous les hommes. Chacun allait où il voulait et y demeurait aussi longtemps qu’il lui plaisait. Il n’y avait point de permissions, point d’autorisations, et je m’amuse toujours de l’étonnement des jeunes quand je leur raconte qu’avant 1914 je voyageais en Inde et en Amérique sans posséder de passeport, sans même en avoir jamais vu un. On montait dans le train, on en descendait sans rien demander, sans qu’on vous demandât rien, on n’avait pas à remplir une seule de ces mille formules et déclarations qui sont aujourd’hui exigées. Il n’y avait pas de permis, pas de visas, pas de mesures tracassières, ces mêmes frontières qui, avec leurs douaniers, leur police, leurs postes de gendarmerie, sont transformées en un système d’obstacles ne représentaient rien que des lignes symboliques qu’on traversait avec autant d’insouciance que le méridien de Greenwich.»
Stefan Zweig, Le Monde d’hier


«Je suis si affady apres la liberté, que qui me deffendroit l’accez de quelque coin des Indes, j’en vivrois aucunement plus mal à mon aise.»
Montaigne, Essais, Livre III, 13, De l’expérience

mardi 28 octobre 2014

Chi lo sà ?


«Considérer avec étonnement les transformations de son moi est une attachante occupation pour les moments d’oisiveté. Le champ est si vaste, les surprises si diverses, le sujet si riche d’indications, sans profit, mais singulières, sur le travail des forces invisibles, qu’on ne s’en lasse pas facilement.
[…]
Une vue morale de l’univers nous jette en fin de compte dans de si cruelles et de si absurdes contradictions, où les derniers vestiges de la foi, de l’espérance, de la charité, et jusqu’à ceux de la raison même, semblent près de périr, que j’en suis arrivé à soupçonner que le but de la création n’est peut-être point du tout moral. Je croirais volontiers que son objet est simplement d’être un pur spectacle : un spectacle pour la crainte, l’amour, l’adoration ou la haine, si vous voulez, mais, à ce point, jamais pour le désespoir ! Ces visions, délicieuses ou poignantes, sont une fin morale en soi. Le reste est notre affaire – le rire, les larmes, la tendresse, l’indignation, la sérénité d’un cœur cuirassé, la curiosité d’un esprit subtil – c’est notre affaire ! Et cette infatigable attention qui s’oublie soi-même et s’attache à toutes les phases d’un univers vivant réfléchi dans notre conscience, est peut-être notre véritable tâche sur la terre. Une tâche où le destin n’a peut-être rien engagé de nous que notre conscience, une conscience douée d’une voix afin d’apporter un témoignage véridique au prodige visible, à l’obsédante terreur, à l’infinie passion et à la sérénité sans limites, à la suprême loi et à l’immuable mystère du sublime spectacle.
Chi lo sà? Peut-être bien. Une telle opinion s’accorde du moins avec toutes les religions sauf avec cette croyance à rebours de l’impiété : elle ne s’accommode ni du masque ni du manteau du désespoir aride : elle s’accorde avec toutes les joies et toutes les tristesses, tous les beaux rêves, tous les charitables espoirs. Le but essentiel est de rester fidèle aux émotions nées de cet abîme qu’encercle le firmament des étoiles dont le nombre infini et les terrifiantes distances peuvent nous faire sourire ou nous tirer des larmes…»



Joseph Conrad, Des souvenirs