dimanche 22 février 2015

Gwen CIX


Retour des questions du samedi, soyons fidèles!

1. Pascal Z a dit un jour une phrase éclairante: le GPS ordonne, la carte ordonne. Je n’aime pas que l’on me donne des ordres.

2. Beaucoup… un en particulier? un plus que les autres? je cherche… je dirais bien L’Île mystérieuse, qui a compté, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’une communauté hors du monde (comme l’abbaye de Thélème), ce désir de repli mais pas tout seul, de n’être qu’avec des gens que j’aime. Mais c’est un peu faux, Les Trois Mousquetaires aussi a marqué mon enfance. (Et je me rends compte à l’instant que, justement, c’est un peu le même thème, les amis inséparables. La lecture d’enfance, comme d’après l’enfance, est un acte solitaire ; solitude dont j’ai souffert, amitié que j’ai toujours recherché sans la trouver. Lire des livres dans sa chambre close ne m’a pas suffi et je n’ai eu que ça.) Etc.

3. Dans ce jardin au début de l’automne? Pas sûr… je ne sais plus. Nostalgie des bains de soleil sur une plage où l’on sombre dans la torpeur, dans la vacuité, dans le rêve.

4. Oui, que je regrette après. Oui, et pendant, au moment présent. Je sais que je ne devrais pas mais c’est plus fort que moi. “Bouder”, encore que ce n’est pas le mot exact (mais je n’en trouve pas d’autre), je ne devrais pas, mais je ne peux pas faire autrement, comprenez-vous? aidez-moi! aidez-moi à m’en sortir, à me sortir de moi-même, je ne peux pas, je m’enfonce. Je sais que je ne devrais pas. “C’est plus fort que moi” est l’expression juste.

5. Je suis très modérément passionné par les glaces quelle que soit la saison. Quant au Colonel, c’est exquis en toute saison.

6. Macramé ou bricolage, pas pour moi.

7. Oui, je me souviens. Le cochon d’Inde de mon fils s’appelait Batman. Il disparaissait dans le jardin et on le perdait régulièrement. Aux heures chaudes de l'été j’avais posé le dessus de sa cage sur lui pendant qu’il broutait un carré d’herbe. On l’a oublié, le soleil a tourné. On l’a retrouvé tout chaud, tout haletant. Ma femme l’a enveloppé d’un linge humide, et il est mort doucement sur ses genoux.

8. Ce serait un grand plaisir, hélas, la plupart du temps ils sont si peu confortables. Est-ce aussi, comme pour les bancs verticaux du métro, pour que les sdf ne s’y attardent pas?

9. Je ne m’ennuie pas, je ne peux pas dire que je m’ennuie, mais il y a des attentes (des espoirs qui n’arrivent pas) intolérables.

10. Oui, je crois qu’il s’agit d’une règle qui ne supporte aucune exception : pourquoi faire simple ce qui peut-être compliqué, complexifié, embrouillé à l’excès?








jeudi 19 février 2015

Dans une eau stagnante


Rêve.
D’abord le contexte. Il y a quelques jours j’ai eu Daniel au téléphone. Daniel a subi un infarctus en octobre. Daniel ne sait pas nager. Daniel était un des meilleurs amis de Rémi, le garçon que j’ai “sauvé” de la noyade autrefois, épisode que j’ai raconté dans une des “réponses” à Gwendoline. (Ces informations pour les interprétations — si ça vous amuse.)

Je suis assis sur une plage grise au bord d’une mer grise, sans vagues, étale. Daniel marche dans l’eau, il a de l’eau jusqu’aux genoux, puis il a de l’eau jusqu’au ventre et semble faire des efforts pour rejoindre la rive. Je me lève, je vais le chercher. Je lui prends la main, et nous marchons dans l’eau en silence vers le rivage, mais à chaque fois que je lève les yeux, nous sommes plus éloignés de celui-ci. L’eau est calme, on ne sent pas de courant qui nous entraîne au large et cependant il nous est impossible de sortir de cette étendue d’eau.


mardi 17 février 2015

La routine


Il y a les deux agents immobiliers d’Angers, dont l’ancien coureur cycliste, il y a le notaire d’Angers et le notaire de Chartres, à propos, Maître, dans la foulée, mon testament, mon exécutrice testamentaire? il y a les deux clercs du notaire de Chartres, tantôt l’une tantôt l’autre, qui part au ski, qui en revient, avec une entorse, il y a Gan Vie et sa faramineuse assurance, ne débloquez pas les fonds vous allez toucher x% cette année, on se croirait à cetelem, il y a la très jolie veuve de Chatou, tu aurais mieux fait de l’épouser, et son notaire du 16e arrondissement, j’ai fait une procuration, pas fou, je ne l’aurais jamais vue, pas de regret, il y a la caisse d’épargne, Monsieur, ce n’est pas le moment d’essayer de me vendre des produits dérivés père de famille vu mon âge, il y a mes frères et il y a moi un peu saoulé; et tout ce petit monde s’envoient des mails à tire-larigot, au petit bonheur d’internet, et je te le balance par-ci, raté, ça devait être à quelqu’un d’autre, et je te convoque par là, manqué, celui-là n’était pas concerné, et je veux la photocopie de la taxe foncière de 2013, ah, excusez, cordialement, ce n’était pas à vous que je demandais, et il y a le voyage en Limousin, je ne vais pas m’en priver parce que c’est pile le jour de la vente, reportez! reportez!, sur les pas de La Fontaine en plus, j’aurais bien aimé que V vienne, là-dessus, on me cède les rideaux ou on ne me les cède pas? à quel prix? ma bonne dame vous n’allez rien en faire et vous ne voudriez pas que je me balade à poil devant ma fenêtre pendant des années devant vos anciens voisins d’en face? ah non, pas votre frigo, l’autre fois vous aviez dit qu’il était pourri et aujourd’hui vous voulez me le vendre? bref, pas grave, on signera la vente, ou l’achat, sans moi, je fais une procuration et je file à Saint-Benoît ou à Gjesvaer.


dimanche 15 février 2015

Purée de pois


Un footballeur qui reçoit un « carton jaune » est un type qui ne sait pas jouer au football.

Boulimie: trois films à la suite.

On n’a pas le droit de reprocher à quelqu’un de ne pas faire votre bonheur.

Si je meurs un jour, ce sera d’une maladie psychosomatique.





samedi 14 février 2015

Gwen CVIII


Les petites questions du samedi…
(Cette semaine je réponds vite.)

1. Je n’ai pas de lauriers.

2. Non. J’ai comme l’impression que ça fait beaucoup de bruit ces machines.
 
3. Excellente question! Est-ce que j’achèterai un paillasson? Quelle couleur? Quelle forme? Avec des chatons dessinés dessus? Ou alors un slogan, un proverbe, une maxime latine?…

4. Le matin au réveil. Moment court, faut pas le manquer!

5. Oui, très curieux, et un peu triste qu’il y en ait si peu. J’aurais aimé quelque chose comme une chaîne, qui soit reprise indéfiniment. J’adore toutes les questions.

6. Il n’y avait pas beaucoup de rituels chez mes parents. Je voudrais bien mais comment faire? Il faut les occasions. On reproduit ce genre de choses inconsciemment.

7. Oui. Je vais arrêter. On ne me comprend pas, on croit que… Et puis, je crois qu’il vaut mieux. Ces “jeux” de langage, ça vous pourrit les conversations.

8. Oui. ou plutôt par étapes. J’avais même fait un calendrier des cycles de ma vie. J’attends une petite année pour le compléter. Quel sera le dernier? Le dernier commence-t-il en 2015?

9. Pas de musique à table, sauf si les hôtes sont vraiment importuns (dans ce cas on met la télé, ça fait passer le dîner). La douce musique de la voix des invités aimés suffira.

10. C’est compliqué… ou : “Si j’avais su” ?… C’est tellement courant depuis le commencement du monde…







Sondages d’opinion


Texte trouvé sur un commentaire facebook au printemps 2014. (Je ne sais si je peux mettre le nom de l'auteur.) Ce commentaire était déjà un commentaire, une traduction, d'un lien ukrainien.

«Les événements d’Ukraine vus par les dirigeants de l’Institut International de Sociologie de Kiev (source Radio Svoboda, l'ancienne Radio Free Europe). Lien signalé par le Centre Levada de Moscou, ce qui est une garantie de crédibilité. Points marquants :
— 77% des Ukrainiens de l’est opposés à l’occupation armée des bâtiments administratifs, et 70% à l’annexion de la Crimée; 10% environ de soutien aux séparatistes. Ceux-ci sont au plus bas à Odessa, Nikolaïev, Kherson.
— Crimée: 18% voulaient le rattachement à la Russie il y a un an, la propagande de Yanoukovitch a fait monter ce taux à 40% en février; ensuite la télévision ukrainienne a été bloquée, le pourcentage a dû monter à 65% sous l’effet de la propagande russe, ce qui correspond sans doute aussi au chiffre réel du référendum.
— Un quart environ de la population ukrainienne se considère comme bi-ethnique (russe / ukrainien)
— Désintérêt complet des gouvernants pour la prise en compte des études d’opinion dans l’élaboration des politiques (ce que montre la loi malencontreuse sur le statut de la langue russe).
— Mesuré conjointement avec le Centre Levada: 66% des Russes pensent que les droits de Ukrainiens de l’Est sont lésés, alors que seulement 23% chez les intéressés (questions identiques).
— La demande de l’opinion ukrainienne, c’est plus de sécurité politique et économique. La question linguistique, la fédéralisation… ne font pas recette. La première demande des habitants de Donetsk, c’est que le gouvernement les protège.
— L’Ukraine dans son ensemble est pour le rapprochement avec l’UE, sauf la région de Donetsk qui privilégie l’Union Douanière (72,5% à Donetsk même).
— Poids réel de Svoboda (l’extrême droite): 3% ; menace surévaluée par la population de l’Est plus perméable à la propagande russe. Mais celle-ci contribue aussi à renforcer l’unité ukrainienne (26% des habitants de l’Est, hors oblasts de Donetsk et Lougansk pour le rattachement à la Russie en Février, contre 8% en Avril).»


Quant à l’opinion des habitants de la Crimée en 2013:





Faisons le ménage



Elles n’étaient pas trop d’accord avec le mariage pour tous. Qu’avaient-elles à vouloir empêcher l’accouchement d’une société où il n’y a plus de place pour elles?
Si vous voulez torpiller les superstitions des vieilles dames qui vivent en maison de retraite, bâillonner les momeries de celles qui vivent seules chez elles, immobilisées dans un fauteuil, collées devant leur télé le dimanche matin, si vous voulez tuer leur âme (qui n’existe pas), faire disparaître leur monde avant qu’elles meurent, signez la pétition.
Écrasons l’infâme!



mercredi 11 février 2015

Moyens d’information



Je me souviens.
Dans les années soixante-dix mon cousin vivait retiré dans un village. Il était abonné à Charlie-Hebdo. Son père, narquois, lui reprochait de n’avoir que cette lecture pour être informé de tout ce qui se passait dans le monde. Il trouvait que c’était un peu léger…

«Lisons donc les journaux, mais dans le même esprit où nous lirions aujourd’hui des journaux d’il y a cinquante ans, en nous souvenant qu’un homme qui reste six semaines sans ouvrir un journal, loin que sa valeur humaine en pâtisse en quoi que ce soit, c’est là une véritable cure pour son imagination et son intelligence.»
Montherlant

«Quand je veux savoir les dernières nouvelles, je lis Saint Paul.»
Bloy



mardi 10 février 2015

Cruauté d’internet


C’est par le maudit site du PI que j’arrive au nom de Thomas (Toivi) Blatt, donc à Sobibor. Un extrait (mais de quel livre? encore une fois râlons après l’imprécision de ces journalistes et de wikipedia) a paru en français dans un volume collectif intitulé Les Révoltés de la Shoah. Mais son livre, From the Ashes of Sobibor: A Story of Survival, n’a pas été traduit en français. Je trouve quelques liens, notamment un entretien paru en 2010 dans L’Express, d’où j’extrais notamment ceci:

«La pertinence des trois phases de l'opération et leur bonne exécution : la préparation de groupes d'assaut (15 h 30-16 heures), l'élimination des nazis (16 heures-17 heures) et, à partir de 17 h 30, l'évasion en masse. Le 14 octobre 1943, il y avait un grand soleil, la journée était chaude. Tout se passa comme prévu: l'attaque de l'armurerie et le vol des armes, la liquidation, à coups de hache et de poignard, des nazis venus essayer des uniformes et des bottes chez le tailleur et le cordonnier — un Allemand fut tué toutes les six minutes — l'arrachage des barbelés, les planches jetées par-dessus les clôtures, ou ce qui en restait, pour faire sauter les mines... et l'évasion, tout cela sous les rafales de tirs automatiques.»

Le 14 octobre 1943 est-ce que la mère et la sœur de madame Elion étaient déjà mortes ? «À cette époque Sobibor reçoit 19 convois déportant 35 000 Juifs venu des Pays-Bas (entre mars et juillet 1943).»

Internet est cruel: le site créé par Thomas Blattt (né en 27) n’existe plus, il est à vendre, on nous informe qu’il y a deux hôtel à Sobibor.





 

Situation renversée II : le Stagirite et l’Aquinate


Parallèle biscornu : de même que nous pouvons lire le Celse grâce à Origène (sans cet adversaire chrétien de Celse, nous n’aurions pas Contre les chrétiens), je puis lire un peu sur la scolastique grâce à Rougier (sans cet adversaire de ladite scolastique, je n’aurai pas su débusquer un résumé somme toute fort clair). Cela est court, cela me suffit, car comment se dépatouiller des substances, des essences, des universaux, quand on a la tête si peu philosophique que moi, et le manque de vocabulaire, et il faudrait des années d’études, force lectures pour décrypter un tout petit peu un millénaire de méditations et d’approfondissements, de sueurs qui dégouttent sur les manuscrits dans les scriptoria, de latin, de bas-latin, de grec.

Sans compter que:

«L’histoire est cumulative — et ces dernières années elle tend à l’emballement: le médiéviste ne peut plus maîtriser les informations qu’apportent les chercheurs» (Alain de Libera).


Situation renversée I : d’un procès à l’autre



«L’accusé n’a qu’un vocabulaire de trente à trente-cinq mots, pas plus. […] Le président, l’avocat général, le procureur, etc., ont, pour s’exprimer, des milliers de mots.»
«Nous verrons cependant plus loin qu’en déplaçant un petit pronom, ou en mettant au pluriel ce qui est au singulier, on anéantit complètement une phrase accusatrice et terrible. Et je le répète: c’est un procès de mots; il n’y a aucune preuve matérielle, dans un sens ou dans l’autre; il n’y a que des mots»
Giono, Notes sur l’affaire Dominici



Avant tout, la formule désormais obligatoire si l’on ne veut pas être soupçonné du pire : «Je précise que ne souscris pas, etc.»



C’est l’article de Jérome Dupuis sur le procès de RC qui m’a fait relire ce texte de Giono. Entre parenthèses, Barthes a aussi écrit — une “mythologie” —  sur l'affaire Dominici (mais mon Barthes est dans les caisses). Dans cet article le journaliste de L’Express emploie l’expression “dialogue de sourds”. 
Soixante ans plus tard on se trouve dans un renversement de situation: aujourd’hui ce sont les juges qui possèdent cinquante mots: comment voulez-vous qu’ils comprennent la langue de l’accusé?

Et il y a toujours cette diablerie de non-commutativité, qui semble désormais difficile à faire comprendre aux meilleurs esprits : “les voyous sont des roux” ne veut pas dire “les roux sont des voyous”.


Je répète la phrase apotropaïque : «Je précise que ne souscris pas, etc.»

Sinon, autre procès. Histoire de mœurs. (Si on cherche à comprendre cet animal incompréhensible qu'est l'être humain, si l'on veut en savoir un peu plus sur nos semblables, nos frères, sur ce qu'il y a au fond de l’«homme nu» (comme disait Simenon), ces articles de blog (à lire à l’envers, je mets le premier en lien) sont passionnants.


dimanche 8 février 2015

Gwen CVII


Dimanche: obéissant, on répond:


1. J’en ai eu… mais à chaque fois ils comprenaient si mal le dossier, ils avaient si peu travaillé, je me demande si la prochaine fois je ne me défendrai pas tout seul, ce qui est fortement déconseillé. Mais il n’y aura pas de prochaine fois.

2. Non. Ou plutôt, je n’en ai jamais vu de bons. En avez-vous à me conseiller?

3. Non. Ou plutôt, oui mais ce ne sont pas les bonnes. J’aimais tellement que des amis arrivent à l’improviste, mais c’était quand nous étions jeunes. Plus tard ils téléphonaient avant de passer. Puis, encore plus tard, ils ne sont plus venus qu’avec une invitation en bonne et due forme. J’ai essayé de dire: «Je ne vous invite pas, car vous êtes toujours invités, vous venez quand vous voulez, n’importe quel jour, à n’importe quelle heure.» Résultat, je ne vois plus personne.

4. «T’as vu ma photo sur facebook?» Ou bien: «Je lirai le tome 3 des œuvres de Machin dans l’édition à la couverture rouge, vous voyez ce que je veux dire?»

5. Je suis nul en métaphore. Par exemple. Lien. Non pas de lien. Je croyais qu’il était sur le blog mais non. Tiens donc, je vais le mettre.

6. Oui, je n’ai pas peur des voleurs, mais des importuns.

7. Ça fait longtemps. je ne pense pas à en acheter. On nous a tellement rabâché que ce n’était pas bon pour la santé… Et puis ce n’est pas sur mon circuit dans les rayons du supermarché.

8. Oui. Genre dictateur. Je serai très bon.

9. Oui. Je suis persuadé que beaucoup de choses sont à la fois vraies et pas vraies. La mécanique quantique et la bathmologie nous ont appris ça, que l’expérience courante nous confirme tous les jours.

10. Non, c’est un de mes plus grands regrets. J’aurais tellement aimé…