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vendredi 17 juillet 2015

Presque Allais


J’arrête la voiture au bord de la plage. De la voiture stationnée derrière moi, immatriculée dans le Pas-de-Calais, sortent deux bidochons plus vrais que ceux qui sont dans la bande dessinée. L’homme me demande si je connais dans le coin un endroit où pêcher des coquillages.
La femme montre ma plaque minéralogique :
«Mais non, il ne peut pas, il est du 28.»
Alors l’homme, pointant du doigt mon tee-shirt :
«Si, il doit savoir !»
Je porte le tee-shirt du musée de Philadelphie qui représente un homme qui fait de l’aviron (Eakins).
 
 

samedi 27 juin 2015

27 juin


Dites-moi franchement, suis-je si inintelligent et si pesant ? Parfois on me tolère, on est gentil, on accepte la corvée de ma présence. Je ne me supporte pas, comment me supporterait-on ? C’est pour cela que je suis parti en exil. 



jeudi 5 mars 2015

Vocabulaire


Ravissement, fascination, sidération.
Aimer, être amoureux, admirer.
Épaule, épeautre, Étaules.


mardi 3 mars 2015

Des profondeurs


Angoisse la nuit. Terreur irraisonnée. Solitude épouvantable. Personne à qui téléphoner.
L’heure où tous les chagrins remontent à la gorge.

«Oui, on meurt d’amour, par millions, par peuples entiers; je veux dire d’absence d’amour.» (Delteil). 


Des profondeurs de ma nuit. Dans la crainte, la plainte, la terreur irraisonnée. Mon comportement. On me méprise. On ne fait pas attention à moi. On sauvera à tout prix un vieux chien galeux au bord de la route, on ne se pose pas la question de mes états d’âme, de mes sentiments. On est très attentif aux nouveaux amis, on les choie, moi je suis un vieil ami qui est toujours là. On peut me faire de la peine, on peut me faire mal, sans s’en apercevoir ou en le sachant pertinemment, peu importe je serai toujours là. Inutile avec moi de prendre des précautions, de prendre des gants, on peut tout me dire, toutes les méchancetés, c’est facile, je ne me fâcherai pas. J’avalerai, j’encaisserai, je me tairai, on n’y verra que du feu, on se dira il est facile à vivre celui-là. Et l’on se préoccupera d’un autre plus irritable, plus malaisé à amadouer, et c’est cet autre qu’il faut caresser dans le sens du poil, alors qu’il est inutile de prendre le moindre soin de moi, tout passe avec moi. Je ne compte pas, je suis une quantité négligeable. Le garder dans un coin et le prendre à la légère. Un vieil objet sur la commode dont on ne s’aperçoit même plus de la présence silencieuse. On ne me rejette pas. On m’oublie. Je ne désigne personne en particulier, ce comportement à mon égard est universel. Ou alors je suis “parano” ? Et je crois honnêtement que j’en suis entièrement responsable : on a tel comportement avec moi à cause de mon comportement, de mon caractère, de ma nature. Qu’y faire ?
Et je sais qu’au matin j’irai mieux, j’irai bien, ce sera passé.
Je me méprise. 

Si l’on ne faisait l’amour que lorsque l’on est amoureux on ne le ferait pas souvent, ou, plutôt, n’est-ce pas l’inverse ? Ne faire l’amour que par amour, donc tout le temps ou jamais. L’amour partagé. 




mardi 17 février 2015

La routine


Il y a les deux agents immobiliers d’Angers, dont l’ancien coureur cycliste, il y a le notaire d’Angers et le notaire de Chartres, à propos, Maître, dans la foulée, mon testament, mon exécutrice testamentaire? il y a les deux clercs du notaire de Chartres, tantôt l’une tantôt l’autre, qui part au ski, qui en revient, avec une entorse, il y a Gan Vie et sa faramineuse assurance, ne débloquez pas les fonds vous allez toucher x% cette année, on se croirait à cetelem, il y a la très jolie veuve de Chatou, tu aurais mieux fait de l’épouser, et son notaire du 16e arrondissement, j’ai fait une procuration, pas fou, je ne l’aurais jamais vue, pas de regret, il y a la caisse d’épargne, Monsieur, ce n’est pas le moment d’essayer de me vendre des produits dérivés père de famille vu mon âge, il y a mes frères et il y a moi un peu saoulé; et tout ce petit monde s’envoient des mails à tire-larigot, au petit bonheur d’internet, et je te le balance par-ci, raté, ça devait être à quelqu’un d’autre, et je te convoque par là, manqué, celui-là n’était pas concerné, et je veux la photocopie de la taxe foncière de 2013, ah, excusez, cordialement, ce n’était pas à vous que je demandais, et il y a le voyage en Limousin, je ne vais pas m’en priver parce que c’est pile le jour de la vente, reportez! reportez!, sur les pas de La Fontaine en plus, j’aurais bien aimé que V vienne, là-dessus, on me cède les rideaux ou on ne me les cède pas? à quel prix? ma bonne dame vous n’allez rien en faire et vous ne voudriez pas que je me balade à poil devant ma fenêtre pendant des années devant vos anciens voisins d’en face? ah non, pas votre frigo, l’autre fois vous aviez dit qu’il était pourri et aujourd’hui vous voulez me le vendre? bref, pas grave, on signera la vente, ou l’achat, sans moi, je fais une procuration et je file à Saint-Benoît ou à Gjesvaer.


dimanche 15 février 2015

Purée de pois


Un footballeur qui reçoit un « carton jaune » est un type qui ne sait pas jouer au football.

Boulimie: trois films à la suite.

On n’a pas le droit de reprocher à quelqu’un de ne pas faire votre bonheur.

Si je meurs un jour, ce sera d’une maladie psychosomatique.





jeudi 5 février 2015

Crac !


Je peux à peine me lever du canapé où je lis Balzac. J’ai mis une chaise pour me soulever. Je me retourne sur le côté, je redresse lentement mon corps, j’attrape le dos de la chaise avec une main, je pose mon autre main à plat sur l’assise, et c’est alors que cela devient difficile. Je pousse avec ce bras, je tire avec l’autre. Il y a un passage périlleux entre deux positions du dos. Un dixième de seconde de douleur intense. Je marche très droit, penché en arrière et je n’ai presque pas mal, ou plié en deux, bossu, les bras en avant comme les singes. J’ai attaché mes chaussures allongé sur le dos, si j'étais plus souple je rapprocherais plus facilement mes doigts de mes lacets. Ici, à l’ordinateur, ça va, je m’aide des bras du fauteuil pour m'en extirper. Comment pisser: il faut que je me penche pour soulever le couvercle, puis pour tirer la chasse, la paume d’une main plaquée contre la cloison, et avec ça l’art de me tenir immobile dans la position adéquate pendant que j’urine. Je n’ai pas encore fait caca.
(La vieillesse est un naufrage.)
(Ça ira mieux demain.)


Journal ?


1. J’ai pendant 365 jours recopié ici des extraits de mes journaux qui sont saisis sur ordinateur. De 1971 à nos jours.

2. Puis, ce fut une aubaine, sont arrivées les mille et une questions de Gwendoline qui ont comblé mes jours de la fin d’automne jusqu’à aujourd’hui

3. J’envisage dorénavant de mettre en ligne des extraits de mon journal au jour le jour. Des extraits, toujours des extraits, car il y a la rage de tout dire, ou plutôt la rage de ne pas pouvoir tout dire. Et puis, “Moi, moi, moi”, c’est toujours la honte… Je n’ose pas, je ne sais pas, je ne veux pas… qu’est-ce que je fais ? “Moi, moi, moi”, l’obscène.

Bref…

Je note:
Le 3 février à 19:45, très exactement:
le choc, un grand choc,
un heureux choc,
toute chose seront sues, sibyllines mais je les dirai en clair, ici, quand j'en saurai plus, quand ce sera avancé, ou quand cela aura avorté,
mais ne pas vendre la peau de l’ours,
(et jouer serré),
comment fait-il celui-là, sur lequel tombe le tonnerre, et qui continue à vaquer?
ça je ne sais pas le faire,
on me dit un mot, on me fait un signe, ou l’on fait silence, et personne ne se rend compte, on passe son chemin, on oublie, on ne sait même plus quel silence on a utilisé, on va faire sa popote dans la cuisine, et je rumine ce mot des jours et des jours, et dix ans après ce signe ou cette absence de signe sera toujours là, au fond de la gorge, et l’autre le bec en l’air, naïf, les yeux écarquillés: moi? j’ai dit ça?
Toutes choses seront dévoilées, mais à la limite seulement à la fin du monde. C’est un peu long comme attente.

Ce matin à deux heures, je me réveille avec cette phrase:
“Cette vie est forte en vinaigre, on n’a même pas le droit d’aimer qui on veut.”








samedi 25 octobre 2014

Samedi 25 octobre 2008


«La désolation de sa vie». 
Est-ce du français: «un espace qu’elle sentait lui opposer sa présence énorme»? 
Et: «provoquer à un combat»? 
Belle chose, à recopier, page 241.
 
Et c’est reparti, Chartres-Paris. 
«Car rien n’est simplement quelque chose.»



vendredi 24 octobre 2014

Vendredi 24 octobre 2008


On peut noter II, 3 de La Promenade au phare, qui répond à la question: qu’est-ce qu’une nuit? 
Et aussi, p. 134, qu’est-ce qu’un halo?

jeudi 23 octobre 2014

Mercredi 23 octobre 2013


À la banque: depuis que j’ai de l’argent sur mon compte je deviens pingre…

À la médecine: ma doctoresse est décidément charmante, et intelligente. Je vais bien. 
«N’y a-t-il pas un remède contre la procrastination?
— Non, pas de médicaments, vous n’avez qu’à vous secouer les puces.»

mercredi 22 octobre 2014

Vendredi 22 octobre 2010


Je prends donc seul un tram qui me mène vers les grands cimetières où je suis censé me recueillir sur la tombe de Kafka.
Je rentre dans le cimetière chrétien où un vieux m’entretient. Je lui dis «ia ne ponimaiou», aussi il me croit russe et me montre des tombes de généraux russes. 
Comme il finit par comprendre que «ia fransouski», il veut me montrer des tombes de soldats français.
Enfin je réussis à me faire comprendre, il me dit que la tombe de Kafka, «jüden», est derrière le mur. 
Nous sommes vendredi après-midi et, pourquoi? le cimetière juif est fermé.
Je retourne en ville, arrêt derrière le musée national, traversée de toute la place Venceslas, sans voir ou en voyant sans savoir qu’il s’agissait d’elle, la croix en honneur à Jan Palach. 
Ce que nous avons pu être marqué par Jan Palach. Son immolation était absurde, idiote, mais tellement romantique. Maintenant il a sa place (anciennement place de l’armée rouge), son monument, il reste surtout dans nos cœurs, mais enfin… on n’a pas idée de se tuer à vingt ans, de cette façon…

mardi 21 octobre 2014

Jeudi 21 octobre 2010


Départ pour Prague. (J’écris un mois plus tard à partir du carnet noir.)
Il fait moins deux degrés dans la Goele, puisque nous sommes à Longperrier, près Dammartin-en-. Les vitres des voitures sont gelées. Roissy, terminale 3n Italocost.

Longperrier, l’église la nuit, la caserne des pompiers, Carrefour Market. Nous arrivons en effet dans un ancien champ de betteraves où la voiture stationnera sous la houlette de deux Arabes sinistres et d’un grand noir rigolard.

Quelle est la différence entre un biniou et une cornemuse?
Elles chantent aussi: 
«Un perroquet qui avait la colique, quand il pétait il sentait le navet.»

Je raconte l’histoire des deux pilotes aveugles, ou plutôt je ne la raconte pas: F a une peur bleue en avion. 
Nous sommes accueilli à l’aéroport par une dame qui ressemble à l’Yvette de Chartres. Sortie: vychod, que je demande à Yvette de prononcer. cela confirme mes soupçons, le h est mis pour un g (exemple: hrad), mais se prononce h, et non g comme j’avais l’habitude de le prononcer: Grabal!

100 couronnes = 5 euros.

(Parenthèses je ne sors pas de mes obsessions: notes prises à Prague, déjà répétées ici, mais je ne m’en sors pas. Elle va me haïr quand elle lira cela, mais elle lira cela après ma mort.)
Citation: 
«Dans ce livre, un homme met fin à ces jours parce qu’il vient d’apprendre que son grand ami n’était pas qui il semblait être.»

Dans une ville inconnue, perdu, on ne comprend rien à la configuration. Ne pas comprendre la langue. Nous ne sommes pas comme les autres. Bâtisse comme au fond d’un puits. Des hommes en noir…

La place Venceslas est décevante. Mode de l’art nouveau et de l’esprit «Europe centrale»? Notre guide, Yvette dans l’autocar (ce n’est pas vraiment un guide), les réceptionnistes à l’hôtel, les gardiennes des musées: il reste comme un relent de communisme.

Visite d’une église baroque: 
«Où il est le Christ? il est pas là. Il est parti en courant.»

(Tomber des nues: un événement qui est arrivé il y a des années, lorsqu’on l’apprend on voudrait que le passé ait existé autrement.)

«Marie-Antoinette a été très courageuse le jour où elle est montée sur l’escabeau.»

Dans la café Montmartre, ils ont bu leurs deux bouteilles de vin, observation juste de F: 
«Remarque, s’ils sont là depuis ce matin.»
La femme, âgée, en se bidonnant, prend des photos de l’homme qui va s’asseoir à une table où sont de jeunes femmes qui posent volontiers avec le vieil homme. Il répète cela à plusieurs tables. D et F en déduisent que nous sommes dans un lieu louche. Si elles veulent…

«On n’est pas devin, on n’est pas divin.»
«Œil de lynx, œil de larynx.»
«Kafka, déjà que c’est chiant en français, mais lors en tchèque qu’est-ce que ça doit être.»
 
Hôtel Belvédère, à l’angle de Horakove et de Frantiska Krizka (je ne mets pas les diacritiques). Descente jusqu’à la station de trams Strossmayer, en face l’église Saint Antonin. On s’est fourvoyé en partant vers Hybernska, je crois. Celetna, on se fourvoie encore et prenons Prikope, ce qui nous permet d’avoir une vue de la place Venceslas. Les filles n’y iront pas.
Nous retournons vers l’hôtel de ville, elles passent du temps au marché de Haveslka (bibelots et fleurs, fleurs? je ne sais plus) Saint Gallien, proche, est fermée (Havl = Gall).
Place de l’hôtel de ville, on attend l’heure pour voir sortir les petits bonshommes. La statue de Jan Hus. Visite de la cathédrale, Notre-Dame-de-Tyn. Rapide. Nous n’entrons pas dans Saint-Nicolas, non plus que dans beaucoup d’autres, à cause de mes petites camarades, je leur en veux, mais aussi parce que beaucoup sont fermées tôt l’après-midi en prévision du concert de la fin d’après-midi (quatre saison zinzin, zinzin, ploum, ploum pour les touristes). On se perd un peu dans Karlova, et je ne me souvins plus si nous sommes allés jusqu’au pont Charles. Je sais que nous avons échoué donc au Montmartre, dans une ruelle parallèle à Karlova : Retezova.

Puis… puis… où avons-nous dîné? Nous avons cherché en vain deux restaurants qui étaient dans le guide périmé de l’un d’entre nous et nous avons fini par dîner de saucisses aux pommes de terre dans une boîte en carton, achetés sur la place de l’hôtel de ville: on dirait le marché de Noël de la Défense, en plus petit.
Rentrés au bercail.

lundi 20 octobre 2014

Mercredi 20 octobre 1971


Ne revoir jamais quelqu’un cela revient exactement au même que s’il était mort. On a beau se dire qu’il vit et respire dans un coin de ce monde, qu’il est peut-être heureux, qu’il travaille, qu’il aime, qu’il voyage — mais la mort aussi est un étrange voyage.

dimanche 19 octobre 2014

Dimanche 19 octobre 2008




«L’attente, la dépendance, dans la vie sociale comme dans l’amour, dégagent un fluide invisible et impalpable qui dissuade les êtres de s’empresser auprès de ceux qui souhaitent trop leur présence» (RC).


samedi 18 octobre 2014

Mercredi 18 octobre 2006


Patricia m’envoie une belle lettre, ce que j’appelle une lettre, un long mail écrit quoi! et qui, pleine d’éloges, me flatte. (La nature des garçons fait qu’ils préfèrent qu’on leur dise qu’on a envie de faire l’amour avec eux plutôt que de recevoir des lettres avec des déclarations passionnées d’amitié indéfectible.)

vendredi 17 octobre 2014

Mardi 17 octobre 2006


Nous ne sommes pas sur la terre pour nous faire du mal mais pour y vivre ensemble en s’arrangeant avec ses humeurs, les volontés des autres qu’il faut savoir accepter, selon un modus vivendi bien compris.
 

jeudi 16 octobre 2014

Samedi 16 octobre 1971



“A crust of bread and a corner to sleep in, a moment to laugh and an hour to weep in”

mercredi 15 octobre 2014

Lundi 15 octobre 2012


Ma doctoresse trouve que j’ai un PSA trop élevé, que je dois aller de toute urgence voir l’urologue, à Port-Marly, qu’il est possible que j’aie un cancer de la prostate. Je ne dis pas que cela ne me fait ni chaud ni froid, mais cela ne m’inquiète pas.
Je me demande ce qu’il y a de vrai là-dedans. Je n’ai pas peur, j’y pense à peine. J’en suis étonné.
 

mardi 14 octobre 2014

Mardi 14 octobre 2003

 
Cheveux blonds mi-longs légèrement ondulés avec une raie sur le côté ce qui fait que ses cheveux forment une sorte de bandeau sur son front. Visage mince légèrement osseux presque effilé nez très pointu. Fille sage typique des beaux quartiers si elle n’avait une veste et un pantalon de “jean” retenu par une ceinture de rangées de perles en bois. Son rire correspond si mal à son aspect physique que l’on est étonné de découvrir que ce rire qui retentit dans le wagon est bien le sien. Elle rit et elle esquisse des gestes de danse avec sa camarade brune debout au milieu de la rame bondée. Sa voix est à la fois aiguë et éraillée. Elle a maintes mimiques qui parfois s’achèvent en grimaces et surtout des yeux d’un bleu peu profond qui n’attirent pas l’attention, des yeux qui roulent sans repos expression littérale du cliché «comme des billes».