Grange de Port-Royal. Vieux
parc solitaire et glacée, sentiers enneigés, potager d’hiver, salles
vieillottes comme on les aime, documents, copies de Champaigne, livres
poussiéreux, le tout très émouvant. L’abbaye est fermée parce que «le personnel
qui prend sa retraite n’est pas remplacé».
dimanche 12 janvier 2014
jeudi 9 janvier 2014
Lundi 9 janvier 2011
Quand j’étais adolescent j’avais une
curieuse conception du paradis. J’avais inventé qu’au paradis on se
souviendrait de tout ce qu’on avait su, vu, vécu sur terre, mais rien de
plus; aussi je lisais le plus de livres possible pour en avoir
«stocké» le plus possible dans ma mémoire avant ma mort ;
étant entendu qu’avec ce raisonnement il était absolument inutile de relire.
Yerres, café de la gare, avril 2000
Sept hommes au comptoir. Un gros barbu
derrière. Je note les mots que je comprends, les bribes de phrases, parmi le
brouhaha ambiant.
Carte grise
pipe gonzesse
enculés
(Lecture de l’horoscope)
comment avoir des jumeaux
baiser sur un carbone
non non pas d’abus sexuel entre vous
l’autre il a dû se dire je vais la coincer
je vais la tirer
se coucher tard nuit
(Trois types arrivent, l’un sort parler à
son portable)
eh c’est interdit de téléphoner sur le
parking ça fait exploser les voitures
fumier… de lapin
tu tu veux te battre avec tes petites
couilles si je te les mets sur le nez ça va te faire des oreilles d’âne
il verra plus rien
elles sont petites
un apprenti dans un garage tu mets le
moteur en route le patron était sous la voiture la première était enclenchée on
lui a roulé dessus talon cassé (rires)
c’est des branleurs ça
(un Noir rentre en blouse verte)
Ah un extraterrestre
il a l’air d’une feuille de muguet mais
sans la tête
sans les clochettes
il confond le muguet et les tulipes
comment ça va
au trou du cul n’idée
toi tu lui touches pas les fesses
(sonnerie de portable)
un téléphone rose maquillé en noir
t’appelles qui eh il appelle ma femme
il fait que les lustrages
avec le coude
il a plus de poil aux coudes
tu fais comme moi tu te laves les mains au
kir
fais voir tes phalanges taillées comme un
rayon de vélo
oui mais il a une petite bite
le soixante-neuf c’est meilleur
tête à queue
oh je préfère le soixante et onze c’est
meilleur
avec des fingers
monsieur Cadbury tu peux pas les faire plus
longs
mercredi 8 janvier 2014
Dimanche 8 janvier 2006
Je vais avec ma fille aux puces pour lui
acheter une veste chaude rembourrée de simili-fourrure (poils) blancs pour
l’hiver. C’est son cadeau de Noël, 50 euros. Aux puces on paie en liquide. Je
dis le prix à cause de la suite.
Nous traînons un peu. J’observe les joueurs
de bonneteau. Au bout de plusieurs parties j’arrive à suivre et comprends
comment il embobine son public, en disant « le blanc… le blanc… le
blanc… », alors qu’à un moment ce n’est plus le blanc, puis en se taisant,
continuant à manipuler ses gobelets en silence.
L’on avance, ma fille est je ne sais où,
loin devant moi. Un autre bonneteur. Je suis un peu à l’écart, le bonneteur
m’apostrophe : « il est où ? », je suis persuadé de mon
coup et le lui montre. La manipulation a commencé. Je me pique de suivre les
arcanes profonds de la pensée de Melville, j’ai très bien décrypté une seconde
plus tôt les manigances de l’autre, où je crois les avoir décryptées, et ici,
du premier coup, je tombe dans le piège grossier. Il sort deux billets de
cinquante, « allez jouez cinquante » me dit-il en matière de défi. Un
autre, un compère bien sûr, m’encourage, et je ne sais ce qui m’a pris, moi qui
d’habitude n’ai jamais un sou sur moi, je sors mon billet de cinquante, comme
s’il était évident que j’avais gagné, sûr de moi, alors que s’il m’encourageait
(s’ils m’encourageaient) c’est évidemment qu’il savait sous quel gobelet était
la petite boule blanche. Et je lui donne mes cinquante euros. J’ai perdu
cinquante euros en dix secondes.
Quelle honte ! Et comme j’ai l’art de
la culpabilité, toute la journée je me suis flagellé. Encore ce soir devant ma
soupe avec ma fille : « nul, tout raté, mauvais père » ;
laquelle me répond, avec sa vitalité formidable : « allez papa, ne
regarde pas le passé, tu as un avenir, fonce en avant », etc.
Cuisant. Enfin, je peux toujours me dire
que cinquante euros ce n’est pas cher payé pour une si magistrale leçon.
(Référence : le tableau de Bosch, tout à fait ma tête.)
mardi 7 janvier 2014
Samedi 7 janvier 2006
Vendus les quatre premiers tomes de la
correspondance de Proust ; acheté avec un livre sur l’esclavage à la
Martinique, D’où viens-tu Hawthorne ? et une carte de la Martinique. I a fait 14 000 euros de
ventes en décembre, ah pourvou qué ça dour.
Lecture du Voyage du général Ramonet, et du rapport des commissaires sur les événements
de 1790-1791.
Ma fille je crois fume son joint tous les
soirs. Je ne l’ai pas dit à sa mère que j’ai eu au téléphone ce soir, inutile de
l’alarmer ; courte discussion sur elle, je dis que son copain est parti, mais qu’elle
va bien. Elle va bien, c’est vrai, mais elle tousse beaucoup, mange très peu.
Et se donne à son travail.
lundi 6 janvier 2014
Vendredi 6 janvier 2006
Pas de nouvelles nouvelles, sauf dans la
vie lointaine du monde l’attaque cérébrale subie par Ariel Sharon.
Ça continue. Il est de la dignité, de la
fierté, de l’honneur de l’homme de ne pas se réjouir de la mort d’un homme,
même lorsque il s’agit d’un ennemi. Tant que certains musulmans ne ressentiront
pas cela ils resteront les parias du genre humain. C’est parce qu’ils
réagissent ainsi face à la mort d’un homme qu’ils échouent en tout, qu’ils
restent dans leur misère, patronés par leurs pantins de dictateurs, et ne
méritent que le mépris dont ils se plaignent. Tant qu’ils ne comprendront pas
cela leur sort restera fixé.
dimanche 5 janvier 2014
Vendredi 5 janvier 2007
Ce matin maman sent à nouveau mauvais, à moins que ce soit le camembert qui
est hors du frigo. Je ne sais, peut-être que je me fais des idées. Toujours
est-il que cette odeur pestilentielle est la vérité du corps humain :
ouvrez un homme, sentez-moi ses viscères !
Rhum avec Faustin ce soir.
samedi 4 janvier 2014
Jeudi 4 janvier 2007
Ce jour travail. Charles pas
positivement méchant, il a perdu l’énergie de cela, très affaibli quand l’on
considère ce qu’il était au printemps dernier, mais lourd, de plus en plus,
pour maman. Moi de plus en plus je-m’en-foutiste par rapport à lui. On est
serviable, mais à la longue, ça va ! on se lasse. I. aussi me lasse,
et Faustin. On est prêt à tout, mais au bout du compte, pour quoi ? on ne
demande aucun remerciement, mais ces êtres négligents, qui nous négligent et
qui se négligent, qui restent à patauger dans leur fange, bon, ça va, ça
suffit, on va pas les sauver malgré eux, occupons-nous de ce qui en vaut la
peine, allons voir ailleurs !
vendredi 3 janvier 2014
Dimanche 3 janvier 1971
Chasse au lièvre. Thibault. Premier départ.
Après-midi avec Françoise. Deuxième départ. Métro.
jeudi 2 janvier 2014
Samedi 2 janvier 1971
Casse les pierres. Macias.
Discussion dans ma chambre.
mercredi 1 janvier 2014
Vendredi 1er janvier 1971
Chasse au lièvre (Thibault). Déjeuner avec
les grands-parents. Casse les pierres avec Louis. Puis seul. Apparition de
Macias. Visite à Moulon le soir. Discussion avec Jeanne.
Pour saluer l’an neuf
Conversation :
«Toutefois, je me permets à la fois de tricher
et d’approfondir le jeu, en donnant ci-après deux listes, en l’occurrence celle
des dix premiers ouvrages à avoir vraiment compté dans ma vie de lecteur, puis
celle des 29 ouvrages m’ayant tant et si bien marqué que : a) je serais
foncièrement différent sans eux ;
— Si je réponds à cela, c'est l'histoire de
ma vie que je te raconte.
— Mais c'est ma vie que j'ai racontée
ci-dessus.» (G et V).
1. Curwood, Les Chercheurs d’or ;
2. Dumas, Les Trois Mousquetaires ;
3. Dumas, Le Comte de Monte-Cristo ;
4. Georges Bayard, les “Michel” ;
5. Henri Vernes, Les “Bob Morane” ;
6. Dostoïevski, Crime et châtiment ;
7. Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent ;
8. Graham Greene, La Puissance et la gloire ;
9. François Mauriac, Le Mystère Frontenac ;
10. Giono, Le Roi sans divertissement ;
11. Henry Miller, Plexus ;
12. Salinger, L’Attrape-cœurs ;
13. Powys, Les Sables de la mer.
Et puis c’est tout. En rajouter serait
tricher. Je veux dire qu’après ou les autres n’ont pas fait ce que je suis
devenu. Je n’étais plus adolescent.
Proust, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé,
Molloy, CM, RC, Tolstoï, Nabokov,
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