dimanche 10 février 2013

Colloque avec moi-même



— Si je n’y vais pas je vais le regretter.
— Oui mais si tu y vas tu n’iras pas voir ta mère.
— Mais ma mère ne va pas se rendre compte de mon absence de trois jours.
— Mais à chaque minute de chaque jour où tu n’es pas à ses côtés, elle sait que tu n’es pas là.
— Dois-je lui sacrifier tout mon temps?
— Il faut un juste dosage entre ta vie et la sienne.
—Où est le juste dosage? Quand je n’y vais pas je me sens coupable. Donc en plus de lui faire du mal je m’en fais.
— Alors vas-y de nombreuses heures chaque jour.
— Et ma vie?
— Ta vie vaut-elle plus que son bonheur?
— Et qu’ai-je comme vie autre? Le colloque? Je ne le reverrai pas deux fois dans ma vie, au reste une fois suffit.
— Mais depuis ta naissance tu as manqué des tas d’événements qui ne sont arrivés qu’une fois. Un de plus un de moins.
— Est-ce une raison pour en manquer un de plus? C’est la quadrature du cercle: je ne vais pas la voir je me sens coupable, une sorte de culpabilité à la Kafka, un peu; j’y vais, je ressors malheureux, d’autant que je n’ai pas manqué à mon départ, après une petite demi-heure avec elle, de me sentir coupable de partir si vite. Et ce n’est pas une question de temps, que cela soit après un quart d’heure ou après une heure, toujours la boule d’angoisse dans la gorge, l’accablement me saisissent à la minute où je me lève pour mettre mon manteau.
— Et loin?
— Loin à Chandolin, à Porto, je n’y pense pas, je suis léger, jusqu’à un éclair parfois, violent, mon front s’assombrit, puis je reviens vers la lumière, j’oublie, et le soir dans mon lit je m’en veux d’avoir effacé si vite cet instant qui me faisait souffrir.
— Tu ne peux t’empêcher de vivre, ce n’est pas possible. Il faut trouver une solution.
— Le statu quo est encore le moindre mal, La seule perspective de changement, qui arrivera un jour, c’est sa mort.
— Comment vivras-tu après?
— Après, il y aura le vide, une liberté nouvelle, avec la peur de la liberté nouvelle, la dernière liberté, à travers tout un monceau de problèmes matériels à résoudre.
— Tu souhaites sa mort?
— Je ne sais pas. Je souhaite l’impossible. je souhaite sa résurrection.
— …

Les deux dames sont dans leur lit. Je ne fais plus de billets parce que ma mère ne dîne plus dans la grande salle à manger et que dans son lit dans sa chambre du fond, à tel numéro de l’allée de l’Olizanne (ils ont parodié la vie courante, la vie hors de ces murs), rien n’arrive, sauf «Question pour un champion».
La désespérance absolue c’est cette rue des faubourgs au crépuscule, sous une pluie froide, en février.



Je la longe pour aller nulle part, à l’hôtel Dieu, je la reprends dans l’autre sens pour retourner nulle part, c’est-à-dire chez moi.

Lu Le pivert nu et les tomates vertes ; vu Humberto D, La Ciociara. [Wikipedia vous en dira plus.]

Sinon rien. 



samedi 9 février 2013

Un automne sans amour



J’étais tellement ivre que je ne pouvais plus tenir un verre à la main. On buvait la vodka dans des gobelets en carton mince et mou. J’étais assis par terre, la tête adossée au canapé, la bouche grande ouverte ; et mes amis, prévenants, me vidaient la Żubrówka dans la gorge. J’engloutissais le liquide d’une traite.
Plus tard dans la nuit nous sommes allés dans l’île prendre l’air. Ils m’ont traîné comme un pantin désarticulé — que j’étais. Nous étions tous éparpillés sur la pelouse au bord du fleuve. Chacun solitaire dans son monde.
J’ai arraché des touffes d’herbe.
De retour dans l’appartement j’ai vomi. R et MC étaient deux jeunes filles de vingt ans que je voyais pour la première fois. Elles ont nettoyé le vomi. Encore aujourd’hui je leur suis reconnaissant de ce qu’elles ont fait, et d’avoir accepté plus tard de me revoir. J’ai dormi sous la table, étendu à côté de R ; je lui tenais la main pour ne pas sombrer.

Quinze jours plus tard, à Bruxelles, ce fut au vin rouge dans la Petite Rue des Bouchers. Nous avons quitté le bar et j’ai couru dans la nuit comme un dératé le long des immeubles cossus, le long de vastes parcs ténébreux, franchissant les carrefours sans prendre garde à la circulation ; j’ai couru longtemps, à perdre haleine, aspirant peut-être à me faire écraser une bonne fois et qu’on n’en parle plus.
L’avenue était bordée d’opulentes villas bourgeoises disséminées dans de beaux parcs. Le feuillage des grands arbres était illuminé par les réverbères. Tout était désert, silencieux, serein. Je me suis effondré sur le large trottoir herbu. Ai-je vomi?
J’ai arraché des touffes d’herbe.
Mes amis avaient disparu. Une heure a passé. Rosemarie a été cherché la voiture, elle m’a hissé comme elle pouvait à l’intérieur. Plus tard, à Charleville, elle m’a bordé dans un lit d’enfant. Elle a parlé longtemps. Sa voix me berçait. Elle était une sœur de charité.



vendredi 8 février 2013

Il faut être résolument moderne



Ma grand-mère: «Tu lis Zola?… tu finiras par lire Sade!»

Un autre jour: «Tu écoutes Dvořák?»
Elle a un froncement de sourcil réprobateur: «C’est un contemporain!…»
(Vérification faite, elle avait raison: elle était née en 1901, il mourut en 1904.)

Lu Langelot kidnappé, Michel maître à bord ; vu Paisa.


jeudi 7 février 2013

Petites misères



«“Jadis, j’étais fort lié avec mon corps” [Chateaubriand].
Moi aussi, j’ai assez bien connu le mien. À présent nous sommes un peu en froid.» (RC, Journal 2013)

La suite est  (22 mai 1833).



mardi 5 février 2013

La géographie au service de la littérature


Un site qui est une belle promesse. Nous allons enfin pouvoir voyager.
Chacun peut y participer.
Longue vie !




Et “un livre très précieux, compagnon indispensable de tous les voyages”:


(Épuisé.)


(Vu Affreux, sale et méchant, L’Amore de Rosselini, que je ne connaissais pas, magnifique, tout à la gloire d’Anna Magnani ; lu Une offensive signée Langelot.
Je me suis payé 5940 minutes de Shakespeare, c'est quand l'argent menace de manquer qu'il faut s'empresser de dépenser.)



Louange


Un quart d’heure ou vingt minutes de laudes chaque matin, un énergisant mystérieux pour bâtir sa journée (mais il aurait fallu plus de trois jours). Cela me manque.


lundi 4 février 2013

Les gros mots


«Les préfaces n’ont pas de début» (Christophe Lazowski).

Euchologie
Mystagogie
Anaphore
Lectionnaire
Anagogie
Hymnaire
Péricope
Sacramentaire
Agonothête
Collecte
Préface
Centonisation
Mystologie
Gnôsologie
Antitype
Anaclèse
Épiclèse
Déictique
Formulaire
Fulgure
Sotériologie
Eucharistier

Typologie/Allégorie
Métonymie/Métaphore
Syntagme/Paradigme

«En français il n’y a pas de verbe “eucharistier”» (Christophe Lazowski).


dimanche 3 février 2013

2 décembre 1922





À la salle de sport

Après une demi-heure d’exercice, ma fille:
«hey daddy! j’vais fumer une clope et j'reviens faire d’la muscu!»

(lu Maria de Curaçao de Van de Wetering; lu et abandonné Milo, désolé David, je ne peux pas; vu Affreux, sales et méchants, celui-là vaut son pesant!)


Retour de la messe


«Ouh la la les enfants, il fait un froid de gueux!»
Ma fille: «Qu’est-ce que tu as dit daddy ? ça y est, tu crois en Dieu?»


samedi 2 février 2013

Sécrétions


L’être humain à neuf trous:
Deux oreilles, deux yeux, deux narines, une bouche, un anus, un sexe.

De l’être humain peuvent s’exhaler:
le cérumen, la morve, la salive, le vomi, la merde, la pisse, le sperme, la sueur, le sang, le lait, les larmes.

(phéromones, autres liquides annexes, etc.)


Mais l’oreille n’est-elle pas une impasse ?




vendredi 1 février 2013

Enfantine

Nous sommes quatre à table, il y a un invité.
Au milieu du repas ma fille m'interpelle:
«Eh papa! t'as encore une activité sexuelle?»