dimanche 17 février 2013

Liturgie


«Le Brevarium monasticum… pro Congregationi gallici ordinis S. B. a été édité à Tournai en 4 volumes pour la Société de st Jean l’Évangéliste par Desclée Lefebvre et Cie. Vous trouverez là en effet un monde de la plus haute poésie, mais pour le comprendre complètement il ne suffit pas de lire çà et là, il faut s’astreindre à suivre tout un office suivant le cour des heures, par exemple celui de l’Assomption. Puis si magnifique que soit ce recueil, il ne faut pas oublier qu’il n’est qu’une partie solidaire de l’énorme édifice de la Liturgie, le Missel, l’Antiphonaire, le Rituel, le Pontifical. Jamais une telle cathédrale n’a été élevée à la gloire de Dieu. Le tort des Jésuites, que je respecte d’ailleurs de tout mon cœur, a été de faire oublier ce magnifique sanctuaire pour lui substituer de petites dévotions d’ailleurs fort belles en elles-mêmes. C’est l’art du joaillier substitué à celui de l’architecte. Ce qu’il y a de curieux dans la poésie sacrée qui anime les paroles des livres saints et les dispose toutes préparées pour nous en un drame éternel, c’est de voir combien elle s’apparente aux arts congénères de la chrétienté. Comme le mosaïste prend de petits cubes d’or et le verrier de petits morceaux de verre pour en composer des œuvres nouvelles et merveilleuses, ainsi le poëte énorme qu’est l’Église catholique a pris partout des fragments des Pères, de la Bible, des Légendaires, des poëtes pour en faire une construction vivante où toutes les richesses de l’univers sont harmonieusement employées dans un hymne de gloire au Créateur.»

Lettre de Claudel à Suarès (9 octobre 1910)


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